Les tunnels de lave du système solaire
Sur Terre, un tunnel de lave se forme lorsqu’une coulée très fluide développe une croûte solide en surface, tandis que la lave continue à circuler en dessous. Quand l’alimentation s’arrête, le conduit se vide et laisse une galerie. Ce mécanisme, bien connu à La Réunion, à Hawaï ou aux Canaries, ne semble pas propre à notre planète. Aujourd’hui, les indices les plus solides hors de la Terre concernent surtout la Lune, Mars et, plus récemment, Vénus.
Un objet géologique fascinant à l’échelle planétaire
Les tunnels de lave intéressent énormément les planétologues, car ils sont à la fois des archives du volcanisme ancien et des refuges naturels potentiels pour les futures missions d’exploration. Protégées des impacts, des écarts thermiques extrêmes et du rayonnement, ces cavités peuvent conserver des informations géologiques bien mieux que les surfaces exposées. Elles représentent aussi des environnements plus stables que l’extérieur, surtout sur la Lune et sur Mars. C’est d’ailleurs pour cela que la NASA et l’ESA suivent ce sujet de très près.
La Lune, le dossier le plus convaincant
C’est sur la Lune que la question des tunnels de lave est aujourd��hui la plus avancée. Des puits d’effondrement, appelés skylights, ont été observés depuis plusieurs années dans différentes régions basaltiques. En 2022, la NASA a montré que certaines zones ombragées dans ces puits conservent une température remarquablement stable, proche de 17 °C, alors que la surface lunaire subit des écarts thermiques extrêmes.
En 2024, une étude publiée dans Nature Astronomy a apporté une preuve très forte qu’au moins un de ces puits, dans Mare Tranquillitatis, débouche bien sur une cavité souterraine. Autrement dit, on ne parle plus seulement d’une hypothèse basée sur la forme du terrain : il existe désormais un argument instrumental sérieux en faveur de véritables tunnels de lave lunaires.
La Lune est aussi particulièrement intéressante parce que sa faible gravité pourrait permettre l’existence de cavités beaucoup plus vastes que sur Terre. C’est pour cette raison que l’ESA étudie déj�� des scénarios d’exploration robotique de ces mondes souterrains.
Mars, un sous-sol probablement riche en cavités
Mars offre un tableau un peu différent. Les preuves y sont plus indirectes, mais les indices sont très nombreux. Le catalogue global de l’USGS recense plus d’un millier de candidats grottes ou ouvertures souterraines sur la planète rouge, notamment dans les grandes provinces volcaniques comme Tharsis.
Tous ces sites ne sont pas forcément des tunnels de lave au sens strict, mais beaucoup sont compatibles avec l’idée d’anciens conduits volcaniques partiellement effondrés. Pour les scientifiques, l’intérêt est immense. Un tunnel de lave martien offrirait un environnement bien plus stable que la surface, avec moins de rayonnement, moins de variations thermiques et moins d’exposition aux poussières. Ce serait aussi un lieu idéal pour étudier un volcanisme ancien mieux conservé et, peut-être un jour, pour installer des équipements robotisés ou préparer des habitats protégés.
Vénus, la grande surprise récente
Longtemps, Vénus est restée un cas très spéculatif. On soupçonnait l’existence de tunnels de lave, mais sans preuve vraiment solide. La situation a changé avec une étude publiée dans Nature Communications, fondée sur les données radar de la mission Magellan. Les chercheurs y décrivent un grand conduit souterrain ouvert dans la région de Nyx Mons, interprété comme un tube de lave.
Cette découverte est importante, car elle montre que même sur une planète aussi extrême que Vénus, le volcanisme a pu créer de vastes cavités souterraines. Bien sûr, sur Vénus, ces tunnels ne seraient pas des refuges habitables pour l’être humain comme on l’imagine parfois pour la Lune. En revanche, ils deviennent un indice précieux pour comprendre la dynamique volcanique et l’évolution géologique de cette planète encore difficile à observer.
Une nouvelle frontière pour la spéléologie
Les tunnels de lave du système solaire racontent finalement une même histoire sur plusieurs mondes : celle d’un volcanisme capable de construire des paysages en surface, mais aussi de creuser des circulations souterraines parfois gigantesques. Sur la Lune, ces cavités sont déjà vues comme des cibles majeures pour l’exploration future. Sur Mars, elles pourraient devenir des refuges robotisés et des archives géologiques exceptionnelles. Sur Vénus, elles ouvrent une piste nouvelle pour lire autrement une planète longtemps restée mystérieuse.
La prochaine étape sera sans doute robotique : repérer un puits, cartographier son environnement, s’en approcher, puis y faire descendre des systèmes capables de reconstruire l’intérieur en trois dimensions. En ce sens, la spéléologie volcanique n’est plus seulement terrestre. Elle devient peu à peu une véritable spéléologie planétaire.
Sources
Les principales références utilisées pour cet article sont la NASA, l’ESA, le catalogue martien de l’USGS, l’étude de Nature Astronomy sur Mare Tranquillitatis et l’étude de Nature Communications sur Vénus.
